TRIBUNE COLLECTIVE : L’eau au cœur des politiques locales

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Ce 10 mars 2026, les co-présidents de l’ARRS, André Berne et Laurent Dégrave, ont été honorés de signer la tribune collective à l’initiative de Charlène Descollonges et Pour une Hydrologie Régénérative : l’eau au cœur des politiques locales. Ceci pour rappeler l’importance des élections municipales pour la sécurité et la résilience hydrique des territoires.

Chercheurs, chercheuses en sciences techniques et sociales, ingénieurs, philosophes, économiste, juriste, artiste, citoyen•nes, ont uni leurs voix et fédéré leurs organisations pour mettre en avant les enjeux de l’eau et les pouvoirs des élu•es locaux.

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En 2026, le deuxième tour des élections municipales a lieu en même temps que la journée mondiale de l’eau, soit le 22 mars. Cet heureux hasard de calendrier est une opportunité unique de redéfinir collectivement notre gestion de l’eau pour prévenir les situations de conflit.

En France, les collectivités territoriales exercent plusieurs compétences liées à l’eau : gestion de l’eau potable, assainissement, eaux pluviales urbaines, préservation des milieux aquatiques, prévention des inondations… Ainsi les élections municipales permettent-elles de renouveler les mandats au sein des instances de gouvernance, comme les commissions locales de l’eau – sortes de “parlements de l’eau” où les élus locaux ont la majorité des sièges.

Le moment est venu d’évaluer le programme des candidats, allant des mesures classiques concernant la gestion des réseaux d’eau jusqu’aux stratégies les plus visionnaires portées à l’échelle du bassin versant, c’est-à-dire la “cuvette” au sein de laquelle l’eau circule à travers les glaciers, rivières, zones humides, lacs, fleuves et nappes. Les politiques qui saisissent les liens d’interdépendance entre nos activités et l’état des milieux aquatiques sont les plus à même de répondre aux enjeux de sécurité hydrique des territoires, face aux manques et aux excès d’eau exacerbés par le changement climatique.

Pollution et artificialisation : les limites du modèle actuel

 

Qu’elles soient d’origine agricole, industrielle, urbaine, anciennes ou récentes, les substances polluantes sont désormais omniprésentes et s’accumulent dans les hydrosystèmes. Les traitements supplémentaires sont loin d’être une solution idéale : ils sont extrêmement coûteux, énergivores et la dépollution n’est jamais totale. La logique préventive peine à s’imposer en dépit des arguments économiques et du principe pollueur-payeur.

Pourtant, s’agissant des pollutions d’origine agricole, les élus locaux disposent de puissants leviers pour contrer le modèle intensif dominant tout en contribuant à sécuriser les revenus agricoles, notamment grâce aux Plans Alimentaires Territoriaux et aux Paiements pour Services Environnementaux qui soutiennent des pratiques agroécologiques et préservent ainsi les ressources en eau.

Depuis l’après-guerre, nous évacuons l’eau le plus vite possible à la mer en drainant massivement les sols, en détruisant les zones humides, en dégradant les haies, en pompant et en évacuant les eaux souterraines millénaires, en rectifiant et en canalisant les rivières, en étalant nos villes et nos routes. L’aménagement du territoire et les pratiques culturales intensives contribuent à accélérer l’eau en surface et aggravent les risques de sécheresse et d’inondation. À force de cumuler ces pratiques avec les effets du changement climatique, l’Europe de l’Ouest figure parmi les quatre méga-régions du monde en voie d’assèchement (1).

Repenser nos usages dans un monde en « faillite hydrique »

 

Parallèlement, notre demande en eau ne cesse d’augmenter, reposant sur le mythe d’un contrôle hydraulique absolu tandis que les nappes peinent à se renouveler. Selon un récent rapport de l’ONU, nous avons basculé dans l’ère d’une faillite hydrique mondiale (2). Il ne s’agit plus tant de savoir comment gérer les crises mais d’admettre que nos sociétés sont “endettées”, qu’avec des sécheresses et des canicules plus fréquentes, la multiplication des conflits d’usage est inéluctable.

Sur ce point encore, les élus locaux peuvent peser dans l’arbitrage des usages prioritaires en animant un débat démocratique qui tient compte des limites hydrologiques et des milieux aquatiques.

Les enjeux de l’eau sont tellement complexes qu’aucune solution technologique ne pourrait à elle seule apporter une réponse pérenne. Les pistes d’action sont multiples et doivent nécessairement s’ancrer dans les territoires. Ainsi demandent-elles à être portées par des politiques ambitieuses et novatrices à l’occasion des municipales.

Changer de direction : l’hydrologie régénérative comme horizon

 

L’hydrologie régénérative propose une vision renouvelée de nos rapports à l’eau en alliance avec les écosystèmes. Ce n’est pas une méthode miracle mais un horizon visant la résilience des territoires face aux risques de sécheresse, d’incendie, d’inondation, d’érosion des sols, de pertes de fertilité et de biodiversité.

Dans la pratique, l’hydrologie régénérative fédère des approches consistant à réactiver les processus naturels pour ralentir et retenir l’eau dans les sols, les nappes et les écosystèmes dont nous dépendons. Elle conjugue de nombreuses pratiques ancestrales et des techniques éprouvées à travers le monde. Elle s’accompagne d’un changement de posture, moins interventionniste et plus attentive, conduisant à des modes d’action moins coûteux et plus robustes dans le temps.

Des projets pilotes sont actuellement menés par des collectivités, notamment sur les affluents du Rhône, dans l’Ain, en Drôme et en Ardèche. Ils tendent à se développer à l’échelle du bassin versant en incluant notamment des agricultrices et agriculteurs, des gestionnaires de forêts et de rivières, des propriétaires fonciers et des urbanistes. Ces démarches collectives permettent aux habitants de s’approprier les enjeux de l’eau et de prendre part aux actions concrètes sur leur territoire.

Faire de l’eau un commun au cœur des politiques locales

 

C’est ici que les voies de l’hydrologie régénérative rejoignent celles des communs à travers le dialogue et les processus participatifs. Cette voie peut se concrétiser dans les urnes aux prochaines élections en faisant le choix de politiques ambitieuses et guidées par l’éthique des communs.

En tant que chercheur, chercheuse, ingénieur, hydrologue, agronome, écologue, sociologue, philosophe, écrivain, avocat·e, artiste, citoyen, citoyenne, nous partageons le sentiment qu’il est de notre devoir de porter cette intention à un niveau politique, pour garantir l’habitabilité des territoires et pour que les eaux vivent encore demain.

(1) :  Hrishikesh A. Chandanpurkar et al., Unprecedented continental drying, shrinking freshwater availability, and increasing land contributions to sea level rise. Sci. Adv.11, eadx0298 (2025).

(2) Madani, K. (2026). Global Water Bankruptcy: Living Beyond Our Hydrological Means in the Post-Crisis Era. United Nations University Institute for Water, Environment and Health (UNU-INWEH), Richmond Hill, Ontario, Canada.

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Liste des co-signataires

  • André Bernecoprésident de l’Association du Réseau des Rivières Sauvages
  • Arthur Kellerspécialiste des risques systémiques et des stratégies de résilience 
  • Aurore Degréchercheure agronome à l’Université de Liège
  • Baptiste Morizotphilosophe, auteur et professeur à l’Université d’Aix Marseille
  • Bill Francoisbiophysicien et auteur naturaliste
  • Bruno Davidnaturaliste, paléontologue et biologiste, ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle
  • Céline Hough, chargée de projets agroécologiques à la Maison Forte 
  • Charlène Descollongesingénieure hydrologue et auteure, cofondatrice de l’association Pour une hydrologie régénérative
  • Clément Deliscoordinateur de l’association MAPCa
  • Daniel Zimmer, ingénieur agronome et docteur en hydrologie, Directeur du Sustainable Land Use au sein du Climate-KIC
  • David Colonfondateur de Verdeo spécialisé dans la traçabilité des actions régénératives
  • Erik Orsennaécrivain membre de l’Académie française et président d’Initiatives pour l’avenir des grands fleuves
  • Ernst Zürcher, ingénieur forestier, docteur en sciences naturelles, professeur et chercheur en sciences du bois à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne
  • Esther Crauser Delbourgéconomiste de l’eau et dirigeante de Water Wiser
  • Fabien Balaguer, Président de l’Association Française d’Agroforesterie
  • Gaspard Koenigphilosophe et auteur
  • Gael Faureartisan chanteur
  • Gilles Boeuf, professeur émérite en physiologie environnementale et biodiversité, ancien président du Muséum National d’Histoire Naturelle
  • Guillaume Pitonchercheur en géomorphologie fluviale, INRAE IGE
  • Jean Launay, administrateur du comité de bassin Adour Garonne
  • Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et directeur de l’association marge sauvage
  • Jean-Jacques Hérinprésident de l’ADOPTA
  • Julien Némeryenseignant-chercheur à Grenoble INP – UGA/Ense3
  • Olivier Erardingénieur hydrologue et passeur systémique
  • Olivier Hamant, biologiste directeur de recherche à l’INRAE
  • Olivier Hébrard, docteur en Sciences de l’Eau et agroécologiste
  • Laure Flandrinmaître de conférences en sociologie à Centrale Lyon, chercheuse au Centre Max Weber de Lyon
  • Laurent Dégravetechnicien médiateur rivières et coprésident de l’Association du Réseau des Rivières Sauvages
  • Louise Tschanzavocate associée du cabinet Kaizen Avocat
  • Ludovic Amygérant d’Urbanoé spécialisé dans la restauration des milieux aquatiques
  • Marc-André Selossemicrobiologiste professeur du Muséum national d’histoire naturelle
  • Matthieu Hasléingénieur et directeur général SCIC COOP’EAU
  • Nathanaël Wallenhorstprofesseur, membre de l’Anthropocene Working Group
  • Pascal Blachier, ingénieur et directeur d’études en stratégie territoriale, groupe SETEC
  • Pascale Lausselforestière, auteure et fondatrice de l’association Dryade
  • Philippe Garciaprésident de l’association Défense des Milieux Aquatiques
  • Philippe Hirouprésident du Réseau Haies France
  • Quentin Sengerscoordinateur du réseau les décompacté.e.s de l’abc
  • Rémy Gondre, travailleur social et citoyen engagé
  • Samuel Bonvoisinagronome et cofondateur de l’association Pour Une Hydrologie Régénérative
  • Simon Porcheréconomiste et auteur
  • Simon Ricardingénieur et cofondateur de l’association Pour Une Hydrologie Régénérative
  • Suzanne Huskyartiste auteure
  • Thierry Lebeldirecteur de recherche émérite à l’IRD – IGE
  • Tom MervantétudiantMaster en géomorphologie spécialisé en dynamiques des milieux et risques
  • Xavier Riveauingénieur agronome

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